Les marques d'alcool contournent la loi Evin en étant trop présentes sur les réseaux sociaux, dénonce Addictions France

L'association qui sensibilise contre les addictions publie jeudi un nouveau rapport et considère les réseaux sociaux comme une "arme de propagation massive pour les marques d'alcool".

Article rédigé par franceinfo - Maxime Hernandez
Radio France
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Temps de lecture : 2min
Les jeunes sont particulièrement ciblés par les campagnes publicitaires des marques d'alcool. (NICOLAS KOVARIK / MAXPPP)
Les jeunes sont particulièrement ciblés par les campagnes publicitaires des marques d'alcool. (NICOLAS KOVARIK / MAXPPP)

"Les marques d'alcool ont bien compris les ressorts du marketing d'influence", peut-on lire dans le rapport publié jeudi 5 novembre par Addictions France. L'association qui intervient sur l'ensemble des addictions (drogue, alcool, tabac, etc.) dénonce "les stratégies mises en œuvre par les marques d'alcool pour contourner la loi Evin sur les réseaux sociaux".

Les publicités payées par les marques d'alcool s'insèrent directement dans le fil d'actualité des utilisateurs des réseaux sociaux. Ces publicités sont considérés comme "inertielles" ou "invasives" par l'association, qui réclame une interdiction de la publicité pour l'alcool sur les réseaux sociaux et même sur internet de manière générale. Cela s'apparente à "des moments de vie (fête, amitié, loisirs…), souvent en format vidéo, dans lesquels la marque d'alcool est visible de façon plus ou moins subtile", décrypte Addictions France.

L'association a passé au crible les bibliothèques publicitaires de 20 grandes marques sur les plateformes de Meta, comprenant notamment Facebook ou Instagram. Les données chiffrées mettent en lumière une "omniprésence de l'alcool sur les réseaux". BrewDog, une marque de bière est la championne de la production de ces contenus publicitaires, avec 1 550 contenus observés sur un an, contre 210 en moyenne pour les autres marques. Viennent ensuite la liqueur Jägermeister avec 655 contenus et le vin Gérard Bertrand et ses 630 contenus.

Instrumentalisation des influenceurs

Dans ce nouveau rapport, Addictions France pointe aussi l'offensive des marques auprès des influenceurs. "La collaboration avec les influenceurs, combinée à la sponsorisation et au ciblage publicitaire, permet aux marques d'alcool d'amplifier considérablement leur visibilité sur les réseaux sociaux et de toucher une audience très large, et jeune", juge Franck Lecas, responsable du pôle Politiques publiques d'Addictions France.

Concrètement, les marques font publier aux influenceurs, gratuitement ou moyennant finance, des contenus faisant la promotion de boissons alcoolisées. Ces collaborations commerciales privilégient "l'immersion et l'interaction (…) pour maximiser l'engagement sans éveiller les soupçons" avec des "recettes de mixologie, quizz, sondages, jeux-concours viraux instrumentalisant le cercle amical", précise le rapport. La première marque a faire usage des influenceurs est l'alcool de sureau Saint-Germain, repéré dans 87 publications de 35 influenceurs différents.

Une interdiction totale

Comme le précise Addictions France, ces "collaborations commerciales génèrent fréquemment des milliers, voire des dizaines de milliers de réactions, commentaires et partages, témoignant de leur capacité à capter l'attention des utilisateurs et à favoriser la mémorisation des messages publicitaires".

Après avoir obtenu la condamnation de la marque de bière Heineken en 2025, Addictions France compte engager de nouvelles actions en justice contre d'autres marques. Jugeant le cadre actuel de la loi Evin comme dépassé, l'association réclame désormais l'interdiction totale de la publicité pour l'alcool sur Internet.

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